Bonjour,

 

On m'écrit souvent pour me demander des conseils et des astuces sur la photographie d'aquarium. Pour que tout le monde puisse en profiter, j'ai eu envie d'écrire ce petit dossier tutoriel, afin de vous donner toutes les clés utiles pour faire de jolies photos de vos animaux aquatiques. Attention, le post sera long!

 

Cet article est la suite du dossier photo que j'avais écrit pour le Nanozine. En attendant une nouvelle édition du magazine online, je vous livre l'article ici, pour que vous puissiez en profiter dès maintenant!

 

Pour ceux qui seraient intéressés par les bases généralistes de la photographie, voilà les liens vers les deux premières parties du dossier:

 

http://nanozine.blogspot.fr/2008/04/la-photographie-daquarium-de-belles.html

et

http://nanozine.blogspot.fr/2008/06/la-photographie-daquarium-de-belles.html

Avec ce qui suit, on rentre dans le vif du sujet, et l’on va parler des partis-pris artistiques, et des spécificités de la photographie d’aquarium. Après cela, vous saurez tout, et vous n’aurez plus qu’à aller mitrailler vos petits amis aquatiques !

 

 

C – Les directions artistiques : point de vue et subjectivité.

 

Lorsque j’appuie sur le déclencheur, je scelle un moment, un instantané qui est composé d’une multitude de choix : choix de la composition et du sujet, choix du cadrage, choix de la focale, de l’arrière plan, choix de l’abstrait onirique ou de l’image très concrète… Inconsciemment ou de manière au contraire très calculée, vous allez composer une image unique, car elle est conditionnée à la fois par votre personnalité et par les éléments extérieurs, formant un tout. Il y a tant de façons de s’exprimer, par la photographie, qu’il n’y a nulle concurrence à redouter, chaque regard sera toujours unique.

Il sera extrêmement rare que deux images, de deux auteurs différents, portant sur le même sujet, se ressemblent en tous points : c’est en cela que l’acte de photographier est extrêmement excitant, car le même sujet donnera mille images différentes, selon son auteur, voire même avec la même personne, selon son humeur, guidant tel ou tel choix de réglage et de composition. On me demande souvent comment je peux trouver la motivation de photographier pour la 300e fois, des années durant, le même corail ou le même animal : aucune photo n’est la copie d’une autre, il y a toujours quelques chose de nouveau, et la meilleure, dans mon esprit, sera toujours celle à venir !

 

4 portraits, 4 attitudes… Comment s’ennuyer face à eux ?

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1. le cadrage et les règles de la composition

 

Le premier conseil que je donnerai aux personnes qui débutent, surtout en présence d’animaux rapides, c’est : « shoote d’abord, réfléchis ensuite ». En reportage, il est trop bête de louper un bel animal, un beau moment, sous prétexte qu’on n’a pas bien réfléchi à son cadrage, à la composition… Lorsque les deux y sont, alors c’est la panacée, mais parfois, un moment exceptionnel fait oublier tout le reste, et il n’y aura que les pinailleurs (qui ne font pas grand-chose de leur côté, très souvent), pour venir vous reprocher une composition un peu faiblarde. En tant que débutant, vous aurez tant de choses à avoir déjà en tête au niveau des réglages, autant vous laisser le loisir de recadrer plus tard, si jamais vous voulez vous concentrer avant tout à capter une bonne fois pour toute ce chirurgien qui file à toute vitesse devant l’objectif !

Les possibilités données par l’outil numérique sont précieuses, il serait bien dommage de les laisser de côté. Ne vous en privez pas, ce n’est pas tous les jours que vous ferez un concours basé sur le « brut de capteur » (c’est un mode de concours très courant en photographie de plongée : on vous donne une carte, vous faites vos photos, à la fin de la journée on vous prend la carte, et l’on juge votre travail là-dessus, sans que vous n’ayez pu absolument rien retoucher ni changer à l’image brute capturée), alors profitez des possibilités offertes !

Vous aurez ainsi par exemple toute latitude de peaufiner un cadrage en postproduction (c'est-à-dire lors de l’édition des images sous un logiciel informatique ad hoc). Il sera bon toutefois qu’il n’y ait qu’un minimum de zones à ôter, pour retirer certains éléments parasites en bordure, par exemple, ou pour délimiter un cadre plus serré ou géométriquement plus flatteur… Cependant, un grand recadrage, en réduisant la taille du fichier, vous ôte une bonne partie des possibilités d’agrandissement de l’image. Dès lors adieu agrandissements, posters… ce serait dommage si cette image se révèle être une des plus belle que vous ayez fait ! C’est aussi pour cela qu’en photo professionnelle, on essaie toujours d’avoir le cadrage le plus définitif possible sur le capteur, car les pixels nous sont précieux, pour qui veut imprimer des images en grands formats.

 

Aux personnes de niveau avancé, je changerai donc d’adage et je dirai : exercez-vous à recadrer de moins en moins, jusqu’à avoir le cadrage quasi parfait sur le capteur, à chaque photo prise !

 

Il existe des règles académiques de composition, connues depuis la nuit des temps en peinture… Je vous recommande d’ailleurs la lecture de livres sur les techniques de composition dans l’art classique, pour ceux qui voudront approfondir, car les enseignements de la peinture sont des plus intéressants pour nous photographes : nombre d’or, perspectives, lignes de force et de fuite, répétition d’éléments géométriques, équilibre des masses… une vraie mine des plus précieuses !

Par exemple, l’ouvrage de Fernande Saint Martin, « Sémiologie du langage visuel » (édition Presse de L’Université du Québec), est un fantastique exposé sur le sujet.

 

 Ces règles sont fondées sur le comportement de l’œil humain devant une image, la façon dont cet œil va spontanément balayer l’image du regard. Pour donner les règles les plus basiques (mais efficaces !), l’œil des cultures occidentales est habitué à balayer spontanément l’espace de gauche à droite, et de haut en bas (l’alphabet latin). De manière naturelle, l’œil est également accroché par les lignes diagonales, et s’appuyer sur ces lignes de force, pour composer l’image, garantit d’attirer l’attention de celui qui regarde, bien plus que les lignes droites.

 

 

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Enfin, le cerveau apprécie plus les impressions de mouvement que les objets inertes, ce qui peut sembler une gageure sur une composition d’image pourtant par essence statique. Pourtant, il est aisé d’induire une sensation de mouvement : par l’usage de flou de bougé bien dosé (avec le réglage d’une vitesse appropriée), mais pas seulement. Un sujet parfaitement net pourra donner également une impression de mouvement, s’il suit une diagonale et s’il est décentré du cadre.

 

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A contrario une image basée sur les lignes droites, ou les compositions centrées, donneront une impression de tranquillité et de calme. Ces compositions sont utilisées souvent en paysage pour induire le silence, la solitude, mais également la puissance et la force : ce sont aussi les règles gérant les portraits des personnages puissants de l’histoire qui se faisaient portraiturer dans toute leur majesté rigide : de face, dans une immobilité parfaite, et bien centrés sur l’image…  Tradition récupérée pour les images « officielles » de nos politiciens.

 

Une composition centrée et basée sur les lignes droites donne une impression de solennité, une fixité. Elle est appropriée, dans notre discipline, pour mettre en valeur un détail anatomique sur lequel on va centrer le cadrage pour montrer son importance, ou pour traduire un comportement typique.

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En photo d’aquarium, avec nos animaux remuants, nous aimons à traduire une sensation plus dynamique et enjouée. On usera donc de préférence des diagonales et des compositions décentrées, dosant à bon escient le déséquilibre. Il ne faut pas non plus que cela devienne une signature trop évidente et systématique, car en ce cas les albums deviennent répétitifs et ennuyeux ! Jouez des contrastes, utilisez le mouvement naturel de nos animaux frétillants.

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Une bonne photo est avant tout une image qui met en valeur la nature de son sujet. Mieux vous connaitrez vos animaux, et mieux vous saurez capter leur « essence ».

Les règles de composition et de cadrage sont aussi là pour être oubliées, à l’instar des maitres de l’art contemporain qui se sont fait une règle de n’en suivre aucune ! Innovez, surprenez… Et si vous utilisez un autofocus, n’oubliez pas de dé sélectionner les points fixes, afin de libérer vos cadrages en pleine action !

 

 

 

2. jouer avec la profondeur de champ

 

Faire une image, c’est transposer à plat toute une série de perspectives tridimensionnelles.

Les valeurs de profondeur de champ sont traduites, sur l’image, par une gradation qui va du très net au complètement noyé dans le flou. On a étudié auparavant les manières techniques d’obtenir ce flou et cette netteté, par l’usage d’un réglage f approprié.

Le choix artistique d’une petite ou d’une grande profondeur de champ dépendra complètement de ce que vous voulez transcrire par votre image. En portrait, il est plus flatteur d’avoir une faible profondeur de champ, car cela fera ressortir le sujet. La faible profondeur de champ est utilisée pour mettre en valeur un détail. A contrario, les grandes profondeurs de champ seront appréciées en paysage, et pour le sujet précis de l’aquariophilie qui nous intéresse, pour les photos d’ensemble : elles permettent de montrer de façon précise plusieurs plans du « paysage », d’en détailler les structures et les aménagements. Le piège de la grande profondeur de champ est cependant de faire très « statique », un peu trop « informatif » et moins « artistique

 

 Une faible profondeur de champ, seul l’œil et la bouche du poisson sont nets :

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 Plus grande profondeur de champ, où des éléments pourtant sur plusieurs plans dimensionnels ont la même netteté.

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J’aimerai enfin profiter de ce paragraphe pour introduire un phénomène optique qui m’est cher : celui du Bokeh. Le Bokeh (terme japonais qui traduit les motifs flous et géométriques utilisés en gravure traditionnelle japonaise, se prononce « bouquet »), ce sont les apparitions de pastilles rondes et lumineuses en arrière plan, dans les zones de flou, lorsqu’on est en très petite profondeur de champ. Elles sont induites par les sources de lumière réfléchies dans les zones d’arrière plan. Ces pastilles vibrantes et poétiques, gradation de lumière, de teinte et de grain, sont des raffinements qui donneront un petit plus magique à vos images macro… Ne cherchez pas à les éliminer, elles sont si jolies !

 

 

 

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3. L’abstraction vs. Le réalisme

 

Autre choix artistique possible. Rien de plus facile, le cadrage, la netteté, l’exposition, tout va concourir à faire de votre image une reproduction très fidèle digne d’une illustration scientifique, ou au contraire, une essence, une sensation, pour ne pas dire… une impression ! Avec toute l’amplitude artistique possible, la gamme est large ! Une bonne photo n’est pas forcément une photo nette, il faut arrêter avec cette obsession tout droit sortie de nos cultures un peu trop cartésiennes… Les photos floues ne sont parfois pas des photos ratées, mais seulement si c’est un choix, une prise de position, et non le fruit d’une erreur…

 

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On doit le ressentir en la regardant, c’est un vrai travail technique, tout aussi louable qu’une belle écaille nette, et tout aussi difficile à obtenir ! Pourtant, nous ne pouvons nous y tromper, la sensation est très nette, devant une photo ratée et une photo floue à dessein, la différence est tout à fait évidente.

L’abstraction est un travail à part entière, le fruit d’une réflexion artistique, une démarche technique propre et demande l’effort de prendre du recul face à la réalité, pour se focaliser sur un travail personnel, une « écriture » propre à chaque artiste, selon le jargon utilisé en photo.

Avec nos reflex numériques sophistiqués, il est si facile d’obtenir une image techniquement irréprochable (un bon mode tout auto a une chance sur deux de vous donner une image tout à fait correcte), que la notion de « photographe », qui est avant tout un artiste, se dilue peu à peu avec une définition beaucoup plus réductrice, technicienne : je fais de la photo nette, donc je suis photographe. Pourtant rien n’est moins sûr…

Ce passage du « techniquement parfait » au « travail personnel » n’est pas donné à tous, mais une chose est sûre : ce n’est qu’une fois que l’on maitrise parfaitement la première étape que l’on pourra accéder à la seconde.

N’est photographe que celui qui sait gérer son appareil de façon à lui faire transcrire l’image qu’il a en tête. N’oubliez pas : photographier, c’est « écrire avec la lumière », une bonne photo raconte une histoire, qu’elle soit en Alexandrin ou dadaïste.

 

 

 

D- Trucs et astuces spécifiques à la photo aquario :

 

Enfin, mes amis, nous y voilà ! C’est peut être ce que vous attendez depuis le début, impatients que vous êtes ! Foin de la technique, des théories, des longs discours ! Du réel, du pratique ! Sans plus attendre, nous passerons donc en revue les quelques petits trucs et astuces de la photographie aquario, des applications pour les cas de figures les plus courants.

 

 

 

1. respecter le parallélisme strict du verre l’objectif avec la vitre du bac

 

Cette règle est la première et la plus importante de toute, surtout en travail macro. Plus vous vous approcherez d’un sujet avec un angle inapproprié, plus la déformation induite par la vitre de l’aquarium sera prononcée, générant flou général et sujets déformés.

 

Il est de la plus grande importance, si vous voulez obtenir une image bien nette et fidèle, de garder le verre de l’objectif en strict parallèle avec la vitre du bac. Pour vous entrainer, vous pouvez faire des photos avec l’appareil carrément collé à la vitre, si la distance minimale de mise au point vous le permet.

Ensuite, petit à petit, éloignez l’appareil, en contrôlant visuellement (en regardant l’appareil dans son ensemble, sans regarder par le viseur) que vous restez bien en parallèle. Vous verrez que quand on reste l’œil dans le viseur, on a tendance à dévier de la strict parallèle très vite.

 

En photo d’ensemble, plus on s’éloigne du sujet et plus cette contrainte s’allège. Les déformations subsisteront, mais ne seront vraiment notables que dans les bords de l’image.

 

 

 

2. s’entourer de noir


 

Pour faire de belles photos de votre bac, il faut éviter tout reflet ou lumière parasites. Fermez les volets et les rideaux, éteignez l’éclairage de la pièce pour ne garder que celle du bac (on peut même couper celle du bac si l’on choisit de mettre en place des éclairages créatifs, style flash de studio ! mais cela devient un peu plus compliqué à gérer..).

De la même manière, essayez de contrôler tout ce qui pourrait faire un reflet : logo de l’appareil photo, l’objectif… soyez attentif à ce que vous voyez dans les vitres avant de regarder dans le bac, car on fait souvent abstraction de cela.

Le mieux, si vous travaillez en reflex ou en bridge, est de mettre les pares soleils des objectifs, pour encore mieux éviter tout reflet parasite, y compris la réfraction de rais de lumières provenant de la rampe d’éclairage.

 

Enfin, une devinette : savez vous pourquoi on caricature souvent les photographes en tenue noire ? Soit disant, ils se mettent en noir parce qu’ils sont snobs et veulent faire « artistes »… Que nenni ! Un photographe vraiment pro viendra quasi tout le temps en prise de vue studio en noir, car c’est tout simplement la meilleure façon de gommer sa silhouette, afin qu’il n’y ait pas de reflet parasites d’une couleur sur une surface miroitante ! Certains photographes de bijoux, qui doivent être très près de leur sujet et ont pour sujet des pierres fortement miroitantes cachent même leur visage et l’appareil sous un voile noir…

Le photographe en noir n’est donc pas une créature mondaine, mais un gars à l’esprit pratique !

 

 

3. le meilleur choix de réglage pour le portrait d’un sujet animé, voire rapide

 

 

Pour ne pas le citer, ce serait donc le cas d’un portrait de poisson… par exemple…

 

On se basera sur l’envie de faire un portrait de poisson net, bien exposé. Je vous laisse le soin de faire vos essais artistiques par vous-même !

Donc, pour avoir le poisson net :

Essayez d’abord de pousser la sensibilité au mieux (pour vous donner une marge de manœuvre sur la vitesse), en gardant à l’esprit, comme nous l’avons vu dans la première partie, que plus vous serez en macro, plus le grain d’un ISO important sera visible. Donc, si vous faite un portrait très close up, vous ne pourrez pas vous permettre de monter l’ISO aussi fort que si vous faites un portrait plus éloigné. Cela est à déterminer en fonction du potentiel de votre APN, à vous de faire des essais.

Quand vous aurez optimisé la sensibilité, réglez l’appareil en mode Priorité vitesse. Un apogon ne bouge pas de la même façon qu’un chirurgien, à vous de voir, avec des essais, de quelle vitesse minimale vous aurez besoin pour obtenir un détail net. Avec les espèces statiques, et en fonction de votre objectif, une vitesse d’1/80e à 1/125e est bien souvent suffisante. En revanche, pour les nageurs (labres, chirurgiens, etc…) vous devrez poussez à 1/200 voir 1/250e au minimum pour espérer figer le mouvement de façon satisfaisante.

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A une telle vitesse, souvent, il ne vous sera offert qu’une profondeur de champ très réduite. Ce qui est un double challenge, car si le poisson bouge beaucoup, il faudra être en même temps très précis sur la mise au point et réactif au déclenchement… La netteté, en zone fort délimitée à cause de la faible profondeur de champ, va vous donner du fil à retordre !

 

 

En portrait, on fait la mise au point sur l’œil (enfin, sauf exception, si c’est un autre détail anatomique particulier qui motive votre portrait !). Il vous faut donc faire la mise au point et le réglage de l’exposition sur l’œil du poisson en choisissant le mode de mesure spot pour le calcul de l’exposition, et le choix d’un collimateur unique que vous sélectionnerez selon votre choix de cadrage (par défaut, c’est le collimateur central qui est choisi par l’appareil).

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Si le sujet bouge trop, que la luminosité ambiante ne vous permet pas d’allier vitesse et ouverture suffisante, il vous faudra vous équiper d’un flash indépendant, que vous pourrez monter sur une baguette sous l’appareil, afin que le flash soit positionné juste à côté de l’objectif, à même distance du sujet. Vous éviterez ainsi les reflets dans les vitres, et pourrez allier, en mode manuel, haute vitesse et grande profondeur de champ, ce qui facilitera grandement les choses, et vous permettra de réussir toutes vos photos de sujets animés.

 

Cependant, ces prises de vues très nettes, à grande profondeur de champ, manquent de poésie et de ce côté «esthétique » du flou induit par une profondeur de champ plus réduite. Le sujet, s’il est pris en plan assez large, est paradoxalement moins mis en valeur, car il ne se détache plus aussi bien du fond, et le flash dénature aussi les teintes, qui deviennent très « crues ». Le côté « clinique » et très précis est très utile pour la photo de détail scientifique, en macro de détail biologique, mais cet usage au flash est moins « artistique ».

 

Un usage où le flash se révèle quasi indispensable : il « anime » les sujets sombres, et fait ressortir l’éclat des yeux sombres, qui sans cela paraissent souvent ternes et trop noirs. Pour des sujets comme les Zebrasoma xanthurum ou les Centropyge bispinosa, il se révèle être un atout de taille !

 

 

Centropyge bispinosa avec et sans flash.

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La photo sans flash laisse la zone de l’œil très sombre, mais l’effet sur les teintes du corps est plus esthétique que sur l’autre image, où la lumière du flash « écrase » les reflets. Les détails anatomiques ressortent par contre mieux sur la seconde image.

 

 

Une autre astuce, pour les sujets en mouvement : si la zone de netteté vous paraît très difficile à obtenir, si vous possédez un APN perfectionné, cherchez dans vos manuels, il se peut que vous trouviez un mode d’autofocus nommé « AF dynamique », qui « suit » le mouvement en continu. Bien que parfois pas assez précis pour être vraiment efficace sur de petites zones comme un oeil de poisson, il peut se révéler une bonne aide tout de même !

 

Suivez le poisson en mouvement, mais il vous faudra bouger devant l’aquarium pour rester toujours en parallèle avec le verre, n’oubliez pas ! C’est l’ensemble du corps qui doit se déplacer pour suivre le sujet, il ne faut pas faire juste pivoter l’appareil pour suivre le poisson du viseur, ce qui induirait un mauvais angle par rapport au verre.

Vous découvrirez vite que la photo aquario est un sport à part entière, on rentre fourbu d’une journée de prise de vues (et on se fait aussi beaucoup insulter lors des visites en aquarium public, à force de courir le long des bacs, et de bousculer tout le monde… mais il faut dire qu’on ne voit rien alentour, quand on a l’œil dans le viseur) !

 

 

4. le meilleur choix de réglage pour le portrait d’un sujet inanimé (coraux)

 

A contrario de la photo de poisson, la photo de corail est une pause, un repos bien mérité après avoir coursé un labre pendant une heure… la photo de sujet fixe demande patience, précision, rigueur et immobilité. Tout le contraire du précédent paragraphe !

Vous ne serez donc pas étonnés de savoir que les réglages sont exactement inversés, également.

 

Il faut procéder de la même manière pour le réglage de la sensibilité ISO, toujours à déterminer au meilleur compromis entre luminosité et grain acceptable. Ensuite, sélectionner le mode priorité Ouverture de l’APN.

 

Si vous désirez faire un gros plan d’un corail, par exemple, l’idéal sera de couper le brassage du bac et d’installer l’appareil sur trépied.

Faites votre cadrage, prenez tout le temps que vous voudrez pour peaufiner les détails de la composition, de l’exposition… Choisissez une profondeur de champ suffisante pour faire apparaitre la zone de détail la plus adéquate.

Vous pouvez utiliser le mode « bracketing » (cf. votre manuel pour voir si votre APN permet cette option) pour exposer une même vue en plusieurs réglages, afin de vous rendre compte des différences et de choisir celle qui vous plait le plus.

 

La mesure spot est intéressante pour le choix de l’exposition, car elle fera le réglage sur la zone très réduite et précise que vous souhaitez mettre en valeur. Un réglage en mesure centrale pondérée est un bon compromis également, en cas de sujet à fort contraste. Pour ces réglages et leurs spécificités, se reporter aux chapitres précédents.

 

N’oubliez pas, en photo de corail, c’est la composition qui comptera le plus, l’aspect « graphique » de l’animal. Le détail anatomique, telle qu’une netteté bien dosée sur un polype, avec le reste du corail en dehors de la zone de netteté, à l’aide d’une faible profondeur de champ, aura aussi son importance…

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 Usage du flash : les LPS réagissent bien au flash frontal, certaines teintes fluorescentes peuvent même en être magnifiées, mais les SPS pas du tout, leur squelette brun apparaît très fortement, ils sont beaucoup plus beaux exposés en lumière zénithale (éclairage par le haut).

 

Stylophora pistillata sans et avec flash. L’usage du flash fait ressortir le squelette et les teintes marrons des zooxanthelles, et n’est pas très esthétique, sauf si vous avez la nécessité de photographier un détail anatomique précis.

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Selon l’usage, vous aurez peut être plutôt besoin de vous caler en mode priorité Vitesse, dans les cas de figure suivants : polypes qui bougent dans le courant, si le brassage ne peut être coupé, ou réglage au minimum 1/60e ou 1/80e de seconde si vous travaillez à main levée. Dans les autres cas, privilégiez le travail en mode Ouverture.

 

 

 

5. la photo d’ensemble

 

 

En photo d’ensemble, l’exercice est périlleux, car les contraintes sont multiples : il faut à la fois une bonne profondeur de champ pour voir les détails architecturaux du premier plan jusqu’à l’arrière plan, une bonne vitesse pour que les poissons qui nagent partout soient bien nets, une exposition vraiment délicate, entre la surface brillamment éclairée et les anfractuosités du décor qu’il ne faudrait pas, dans l’idéal, laisser dans le noir total…

Le tout évidemment sans flash, qui, à cette distance des vitres, est inutilisable sous peine de gros reflets !

 

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Comme nous sommes en plan large, n’hésitez pas à pousser la sensibilité ISO un peu plus loin qu’en portrait, car le bruit sera moins perceptible en vue d’ensemble. Plus vous pousserez les ISO, plus vous pourrez avoir à la fois une vitesse acceptable et une profondeur de champ importante, pour montrer les détails des perspectives du décor. Considérez la photo d’ensemble comme un paysage à part entière, de la vitre frontale jusqu’à la vitre arrière, c’est tout un plan tridimensionnel qu’il faut mettre en valeur.

 

Un compromis à 1/125e de seconde en mode priorité Vitesse devrait permettre, selon l’appareil et l’objectif, d’avoir une petite latitude d’exposition, tout en ayant une vitesse moyenne pour figer le mouvement de la plupart des poissons, sans trop de précision, certes, mais comme ils seront pris en plan assez large, c’est moins grave qu’en portrait macro.

Le paramètre le plus délicat sera de trouver la bonne mesure de l’exposition.

Personnellement, je privilégie la mesure spot pointée sur une zone de valeur moyenne, ni en haut du décor ni dans une grotte. Un corail un peu ombragé, à mi hauteur d’eau, par exemple peut donner une bonne moyenne.

Une autre solution est de mettre l’appareil en mode de mesure pondérée centrale, si la zone spot ne donne pas de bons résultats. La zone définie sera alors un peu plus large, permettant à l’appareil de calculer une moyenne d’exposition de plus large spectre. Comme avec la mesure spot, il faut cependant éviter de pointer les zones extrêmes (trop claires et trop sombres) pour définir l’exposition.

Éventuellement, faire jouer l’incrément de la compensation d’exposition d’un demi ou de 2/3 d’IL, dans un sens ou dans l’autre, pour peaufiner les résultats.

 

 

 

6. la photo sous actinique (ou tube bleu)

 

 

Sous actinique, la donne pourrait être à peu près la même qu’en journée, les contraintes des différentes prises de vue restent (importance de la vitesse pour les poissons, de la profondeur de champ pour les coraux, de l’exposition globale pour la photo d’ensemble), sauf que ces contraintes sont majorées de deux supplémentaires : le manque de luminosité ambiant, et le problème de la balance des blancs…

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En effet, pour mettre en valeur les couleurs sous actinique et tube bleu, il n’est pas question de jouer du flash. Noir total de rigueur pour la pièce (mais vous devez être habitués maintenant à tout fermer dès que vous sortez l’APN, non ?).

La sensibilité ISO doit être poussée au maximum de ses possibilités, en prenant en compte le grain généré. Comme d’habitude, plus vous serez en gros plan, plus il vous faudra veiller à ne pas pousser trop loin les capacités du boitier, pour ne pas vous retrouver avec trop de ce grain numérique si laid.

 

On ne peut pas vous dire d’avance de vous positionner sur telle ou telle valeur ISO, tant les APN sont différents et gèrent plus ou moins bien le bruit. Il vous faudra vraiment faire des essais pour savoir, en photo d’ensemble et à contrario en macro, jusqu’où vous pouvez pousser votre appareil en gardant une finesse de grain convenable que le plan esthétique.

 

L’autre problème est la gestion de la balance des blancs. Le capteur a pas mal de chances de devenir fou devant ce type de lumière atypique, qu’il n’est pas programmé pour gérer de façon évidente. Il restitue alors mal ce que l’œil humain perçoit, et nous sommes déçus du résultat.

Le mieux, si votre APN le permet, est de faire une balance des blancs personnalisée. L’appareil peut vous proposer deux manières de faire : soit en lui donnant une valeur de température Kelvin appropriée, soit en mesurant un objet de référence que vous pointerez. Dans le premier cas, essayer de le pousser l’appareil vers la plus haute valeur possible, les tubes bleus étant en général autour de 22 000 K. Si vous avez la possibilité de mesurer une valeur de référence, placez un morceau de plastique blanc dans le bac et pointez le du viseur pour que le capteur analyse la balance des blancs la plus appropriée à appliquer.

Cela devrait compenser un peu les aberrations chromatiques souvent constatées. Il faut faire un maximum d’essais pour savoir la valeur la plus adéquate pour votre bac, car selon les tubes, leur puissance, l’appareil… le résultat ne sera jamais le même entre deux personnes. Essayer de restituer le plus fidèlement possible ce que votre œil perçoit est un vrai challenge avec ce type d’éclairage.

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Le sujet idéal de la photographie sous tube bleu visera les coraux, puisque ce sont eux avant tout qui sont magnifiés par ce type d’éclairage. En photo d’ensemble ou en détail macro, l’usage d’un trépied est vraiment conseillé, voire indispensable à une bonne netteté. Enclenchez le retardateur pour ne pas induire de flou de bougé lors du déclenchement.

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La photo d’animaux rapides sera très problématique avec la plupart des APN, sauf avec les reflex de dernière génération, qui permettent de faire grimper les ISO sans donner trop de bruit parasite. Avec cette latitude supplémentaire offerte, on peut d’augmenter grandement la vitesse de prise de vues, et ainsi capturer des images de poissons plutôt nettes.

 

 

7. la photo de nuit

 

 

Dernier cas, la photo de nuit. C’est le moment idéal pour capturer des images des détritivores nocturnes et le déploiement des polypes de chasse des coraux. Le bac est calme, une autre vie se met en place, travailleurs de l’ombre, prédation… c’est quasiment un autre monde, dont l’exploration est passionnante.

 

Pour les clichés nocturnes, deux solutions : travailler au flash, ou à la lampe torche (de préférence une torche à LED, qui donne une lumière blanche assez intense).

Couper si possible le brassage pour mieux capturer les longs polypes de chasse des coraux.

 

Mettez l’appareil de préférence sur pied, et selon le sujet, utilisez ou non le retardateur (contraignant en photo d’animaux, pour pouvoir saisir des expressions, mais conseillé avec les photos de polypes).

L’exposition se règle dans les deux cas en Mesure Spot et mode Priorité Ouverture, réglée sur une petite profondeur de champ.

 

En usage au flash, positionner votre balance des blancs en mode Flash.

Positionnez-vous vraiment près de la vitre frontale, de manière quasiment à coller l’objectif à la vitre, pour éviter un maximum de reflet (ou utilisez un flash annulaire, ou un déporté sur bras). Vous pouvez aussi fixer un flash déporté sur trépied, au dessus du bac, en éclairage zénithal. Cela donne des clichés très intéressants, même si les particules et sédiments flottant dans l’eau sont souvent réfléchis par ce type de lumière, et donc très visibles.

Si vous optez pour la prise de vue au flash, il vous faudra tout de même une lampe torche pour régler la mise au point, et faire une première mesure d’exposition, car les lampes témoins intégrées aux flashes sont rarement compétentes pour fonctionner dans le noir total.

 

 

 

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Pointez le sujet à la lampe torche d’une main, et de l’autre faites votre mise au point manuelle (si vous utilisez la mise au point automatique, vous ne pourrez plus relever votre doigt du déclencheur sinon elle sera perdue, c’est très problématique !). Ne bougez plus l’appareil à partir de ce moment là, gardez la même distance, précisément.

Ensuite, testez l’exposition en déclenchant une première fois. Vous allez noter une différence notable entre la luminosité du flash et l’exposition qui avait été calculée avec la lampe torche. Mettez l’appareil en mode Manuel, laissez la petite ouverture et ajustez la vitesse. Vous pouvez aussi rester en mode Priorité Ouverture et incrémenter avec la compensation d’exposition, jusqu’à +/- 2 IL sur la plupart des APN (jusqu’à 5 sur les reflex haut de gamme).

 

Déclenchez de nouveau jusqu’à obtenir l’exposition parfaite et la photo que vous vouliez !

 

 

Si vous décidez de faire des photos sans flash, juste avec la torche, bravo ! C’est très créatif, et permet mille variations, alors que la photo au flash est beaucoup plus « uniforme » (mais celle-ci est bien utile aussi, car elle permet d’utiliser des vitesses rapides).

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Positionner la torche de façon à éviter les reflets sur les vitres, et étudiez l’inclinaison du faisceau, pour faire la photo choisie, vous pouvez vous laisser aller à toutes les fantaisies, par le dessus, de biais… Le top est d’acheter une lampe de plongée, et de l’immerger à votre convenance dans le bac (prévoir un assistant pour la tenir sous l’eau pendant que vous faites les photos).

Si vous utilisez une lampe classique non submersible, le mieux est de trouver un système pour fixer également la torche sur un pied (ou de trouvez une âme charitable qui vous assistera), sinon, vous vous retrouverez avec une torche dans une main, l’appareil dans l’autre, ce n’est pas pratique (mis hélas parfois on n’a pas le choix !)

Procédez comme au flash, sachant que la puissance moindre de la torche par rapport au flash vous demandera des temps de pose parfois longs, ce qui est difficilement compatible avec les photos d’animaux mouvants, du moins si vous voulez des photos nettes (mais pourquoi vouloir à tout prix des photos nettes après tout ?)

Réglez-vous sur une sensibilité ISO assez forte (tout en étant raisonnable sur le grain, comme d’habitude), mettez l’appareil sur pied, réglez l’exposition en mesure spot, mode Priorité Ouverture avec une petite ouverture, faites la mise au point précisément… et déclenchez selon vos envies.

Si la balance des blancs automatique ne gère pas la couleur correctement, elle à régler en fonction de la température de couleur de votre lampe torche. Les LED sont en lumière du jour, blanches, donc il faut positionner sur le réglage « photo d’extérieur », représenté avec le pictogramme en forme de soleil, les ampoules à filament classiques suivent le mode « lumière artificielle à incandescence », qui est souvent représenté avec un pictogramme en forme d’ampoule.

 

Il existe des kits dédiés à la photo de nuit, du matériel distribué aux USA nommé Nightsea (voir leur site internet). Ce kit comprend une lampe torche à LED bleues, un filtre jaune à positionner sur l’objectif, et une paire de lunettes jaunes, pour ajuster au mieux les réglages.

Ce kit permet de faire d’extraordinaires photos de fluorescence des coraux, qui prennent alors des teintes extrêmes. Le résultat est très graphique, vraiment original sur le plan artistique. Il n’est pas non plus dénué d’intérêt sur le plan scientifique et biologique, car cette mise en lumière révèle d’une façon très contrastée les tissus coralliens, montrant avec beaucoup de relief leur structure, et met en évidence de multiples facteurs structurels (on peut ainsi discerner les zones plus ou moins riches en zooxanthelles, par exemple). Parfois, cela donne presque l’impression d’images en rayon X, tant on a l’impression de rentrer dans la structure du corail. C’est vraiment un résultat des plus curieux !

 

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Nous voici arrivé à la fin de ce panorama de la photographie d’aquarium. J’espère que vous aurez trouvé cette (très longue) lecture utile, et que nous aurons l’occasion de voir les résultats de vos expérimentations ! Ces "conseils" sont très subjectifs, et bien sûr, chacun, une fois familiarisé avec son matériel, aura ses propres techniques et ses petites astuces... mais j'espère que ces quelques pistes vont donneront envie d'aller plus loin dans la recherche photographique.

Je vous souhaite beaucoup de plaisir avec votre appareil photo et votre aquarium, et reste à votre disposition sur ce blog pour répondre à vos questions.

amicalement,
Sabine